Filiations

 

 

La généalogie, propice à interroger les liens filiatifs, est un thème, un outil, que j'entends utiliser afin de montrer les perceptions de l'identité, de la filiation, de la transmission et de la transformation. 

 

En tant que binational déraciné, issu de cultures, classes et nations différentes, touché par le syndrôme de l'exil, j'ai eu dès mon plus jeune âge un questionnement identitaire fort. La pratique de la généalogie fut pour moi certainement salutaire dans ma recherche identitaire. J'ai découvert ainsi un puissant outil d'explication tant de ma petite histoire que de la grande histoire.

 

Aujourd'hui c'est en tant qu'artiste que j'use de la généalogie, par la présentation d'arbres généalogiques fictifs posant le doigt sur divers thèmes liés à l'identité et à la perception de cette identité filiative. Les thèmes posés sont autant de réflexions philosophiques autour de la transmission, de l'orgueil, du changement, de la diversité, de la culture...

 

Dans cette série, je jouerai volontiers sur la connotation souvent auréolée de prestige des généalogies royales ou nobiliaires. Parfois au contraire, je tenterai de la contourner pour montrer une image moins enjolivée, et plus proche de la réalité des choses, au-delà des perceptions partielles et des habituels faux-semblants.

 

L'outil même de la généalogie est à mon sens aussi utilisable pour montrer les éléments constitutifs et l'historique d'évolution non pas seulement de personnes ou de groupes, mais aussi d'objets ou d'idées, de concepts.

 

Les matériaux utilisés pour mes tableaux généalogiques et filiatifs seront divers. Parfois il s'agira d'objets ou d'éléments détournés de leurs fonctions originelles, comme des cartes à jouer, des pièces de tissus, ou même des stickers, des photos.

Mes compositions au thème généalogique sont donc des tableaux assemblant ces divers objets choisis, sur un fond dessiné ou peint, aux techniques variées (aquarelle, lavis d'encre, dessin à la mine de plomb, pastel, peinture acrylique et autres). 

 

 

Généalogies de cartes à jouer - Playing Cards Genealogies

 

Je joue peu aux cartes. Mais lorsque j'y joue, j'ai autant de plaisir au jeu lui-même qu'à la contemplation de la beauté graphique des figures. Il est  plaisant d'imaginer de petites histoires sur ces familles royales que sont les Carreaux, les Trèfles, les Coeurs et les Piques, et les interactions de ces personnages rois, dames et valets, représentés sous leurs beaux atours. C'est ainsi naturellement que je les ai imaginés comme les héros de mes généalogies fictives.

 

Not so Royal

Dessin à la mine de plomb rehaussé de crayon aquarellé et peinture acrylique, cartes à jouer.

Paris, janvier 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Not so Royal est un tableau généalogique montrant l'ascendance fictive de César, roi de Carreau. On découvre alors que sa lignée royale ne s'est pas alliée avec d'autres familles "de son rang" depuis quelques générations. Il n'est en fin de compte pas si royal que cela ! Les apparences, comme ses belles armes couronnées, sont en fin de compte trompeuses, car le réel est révélé par l'ascendance complète. Ceci n'est que le signe des derniers changements en date, dans nombre de familles royales actuelles, de la Suède au Royaume Uni, en passant par les Pays-Bas. Les "purs royaux" seront bientôt un mythe du passé.

Not So Royal is the first art piece of my "Playing Cards' series". The art piece displays a genealogical tree on four generations, over a natural landscape with a castle. 
Here, you can see the so called eight quarters of Cesar, king of Diamonds (in French, César, roi de Carreau). And we discover his genealogy is after all not as royal as you might have imagined: only his father line is royal, all the rest of ancestors are mere servants. 
I enjoy the card figures and they can tell you a lot of stories if you just observe them. There is a full mixture in Cesar's forefathers, where you can spot people from different kingdoms: Hearts, Spades or Clubs... The kings of Diamonds practice here full exogamy, on a national and a social level as well. This is exactly the now widespread situation among royals nowadays, with the societal changes...
The landscape beneath, made with pencils, is treated in a childlike way, to emphasize the still widespread fairy tale effect of the (not so) royal genealogy displayed. The world has changed a lot, and kings are just as human as everyone else today most of the time, but childrens' litterary and historical references still go back to princes, princesses and castles, and it remains so until a later age in our collective psyche.

 

Mister King

Dessin à la mine de plomb rehaussé de crayon aquarellé et de peinture acrylique, cartes à jouer.

Paris, janvier 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mister King pourrait être une illustration du péché d'orgueil, si le probant ne s'appelait tout simplement David King ! Malgré son nom de famille, on ascendance est purement démocratique, et ses ancêtres viennent plus probablement du village à la gauche du dessin, que du château à droite, où Mr. King se verrait bien être... roi, justement, tel que son nom le prédestinait. Qui sait, Monsieur David King sera peut-être le premier roi de sa famille, et il ne le devra alors qu'à lui-même, ce qui est sans doute encore plus louable...

Mister King's theme is snobism. The art piece shows a genealogy of 4 generations of a Mister David King, over a natural landscape. Mister King and his ancestors are represented by playing cards. 
Basically, Mr. King projects himself as a king, what he is by name, but not by function. His forename David matches well with what is written on the playing card for the king of Spades, called after the famous king David of the Antiquity. Here, it is probably just by chance Mr. King has David as a forename. He dreams himself as a king in a castle, the one represented on the right ensight of the landscape, but more probably he comes from the small town down on the left ensight.
What confirms this is his genealogy. His paternal line of King family is logically represented by kings, who overuse the play on the name to claim they're kings by function, but you can see that all the other males in the tree are just valets...
Pride and envy are sadly a great motive in many people's lifes. Here it does not harm anyone apparently, appart from the ridiculous Mister King himself. But in true life, pride and envy have fueled many conflicts...

 

 

Pur Bourbon - Pure Bourbon (Louis de Bourbon)

Dessin à la mine de plomb, lavis d'encres rehaussé de sanguine, cartes à jouer.

Paris, décembre 2016.

 

 

Pur Bourbon est un exemple typique d'endogamie telle qu'elle fut pratiquée dans l'aristocratie européenne, et principalement justement chez les bourbon, et notamment les Bourbons d'Espagne. D'où la représentation de l'Alhambra de Grenade ici, qui nous ancre dans ce contexte espagnol. Cette généalogie "pur Bourbon", ici représentés par les cartes "trèfles" ne laisse en effet que peu de place à d'autres ascendances. Louis n'est que le prénom emblématique et le plus courant utilisé par les Bourbons, ainsi ce peut être n'importe lequel de la dynastie, et aussi les Bourbons français, également très intermariés. Le caractère désertique du paysage correspond bien à mon avis à la pauvreté génétique qu'induit une telle endogamie. Et le château représente le sang dynastique bien protégé de l'extérieur !

With this art piece representing a genealogy on four generations, playing cards replace the portraits or photos of ancestors. I always found the figures of playing cards very beautiful in their hieratic styles of kings, queens, and even valets in majesty. They are true characters, and each of them has a little name, mostly after heroes of the past or the Bible. 


Here, this fantasy genealogy of a possible Louis de Bourbon (half of the Bourbon were named Louis, so it could be virtually any of them, or none), matches well the spirit of the playing card figures: fame and glory goes well with dynastic genealogy.
One might discover that there are only kings of Clubs: all Bourbon of course. The rest are ladies from other families, in the fourth generation, but beneath everyone is already Clubs, or Bourbon. The effect created is one of great harmony.
Nevertheless, this reflects the very frequent endogamy of the Bourbon family, who intermarried all the time in recent or past history. This might have favoured the dynastic wealth and keeping crowns and property within the family, but surely also had an impact on health of its individuals... This was the case of the Bourbons of Spain in the XVIII and XIX centuries... Hence the spanish castle and landscape, which baren character mirrors the genetic aridity of over-repeated bloodlines, progressively depleting the soil / blood from its nutrients and life.

 

 

Généalogies de tissus - Materials' genealogies

 

J'adore la chatoyance des couleurs, le toucher parfois divin des tissus. Mais ce qui est tout bonnement fascinant, c'est le caractère identitaire lié au tissu. Il est parfois bien plus facile qu'on le pense d'identifier une personne, un groupe, une famille, une région, avec un tissu ! Du tissu au costume, il n'y a qu'un pas... Je me suis amusé à explorer cet aspect de l'identité humaine aussi répandu qu'il est méconnu.

 

 

Blended Scotch

Dessin, encre, aquarelle, pastel, tissus.

Paris, janvier 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blended Scotch reprend à dessein le terme dévolu aussi au Whisky, contribution notable des Ecossais à la gastronomie mondiale. Les connaisseurs de cette boisson alcoolisée savent bien qu'un blended Scotch ne vaut pas un bon vieux Single Malt ou Pure Malt Scotch. Ici aussi, l'ascendance écossaise (fictive) présentée est bien un mélange entre pur écossais clanique, représenté par les authentiques tartans de clans écossais (lignée maternelle à senestre, au-dessus du château écossais typique dans son Loch) et des tartans ou plutôt de pseudo-tartans apparaissant à dextre dans la lignée paternelle, qui sont des designs commerciaux n'ayant rien à voir avec des tartans familiaux... Il peut s'agir ici d'un hasardeux mariage entre une pure highlander et un héritier d'une lignée industrielle de drapiers écossais, dont on peut voir les usines avec leurs cheminées fumantes.

Blended Scotch is my very first creation of the "fabric series". I had always wanted to create a genealogy with tartans, that would look like a beautiful patchwork. The art piece represents a genealogical tree on four generations, over a scottish landscape. The title Blended Scotch refers primarily to a well known scottish commodity: whisky. Here though, it is used to describe a person's social situation. As you can see, the person is fully scottish in its origins, but the connaisseurs would recognise genuine clan tartans on the mother's side (on the right side of the tree), whereas the father's side presents mere commercial tartans, i.e. modern commercial creations in the tartan style... To match this: one can see a traditional scottish landscape with a Loch and a castle below the real tartans, which is the natural setting of Scottish nobility. On the left side, a smoky iindustrial town matches very well with the pseudo tartans, as the perfect setting for the paternal line...


In a few words: this genealogical tree presents the blended scottish origins of the bearer: half traditional clansman, half industrial commoner...
Nevertheless, the result remains harmonious, as there are tartans everywhere. 
Nowadays, with cultural exchanges and population migrations, even such a blended Scotch genealogy might be a rarity. Pure blood is obviously an illusion. That's where people differ from Whisky: single malt is usually better than any blend. On the contrary with people, mixtures usually create blood strength and enhanced population health!

 

 

Pseudo Scoth - Pure Madras

Dessin, encres et lavis, tissus "Madras".

Paris, janvier 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pseudo Scotch - Pure Madras présente plutôt une généalogie d'Indiens que d'Ecossais. En effet, le tissu "Madras", introduit dans le Sous-continent indien par les Britanniques au XVIIIème siècle, a fait des émules... J'aime ces couleurs vives qui respectent les règles d'élaboration des beaux tartans. Ici lsous les tropiques, le coton léger a cependant remplacé la chaude laine des Highlands.

Mais quelle ne fut pas ma surprise en discutant avec une authentique indienne de Madras d'apprendre que ces tissus ne sont en fait pas portés à Madras, mais aux Antilles !

 

Pseudo Scotch - Pure Madras presents the genealogical background of an Indian person, rather than of a Scott! Effectively, the fabrics look like scottish tartan, but are really so called "Madras" fabrics... For the story, this fabric's origins are to be found in the Indian subcontinent colonized by the British in the XVIIIth century, where tartan was among the favorites, notably with military men. It survived and developed there until the present day, respected the strict rules of tartan making, in parallel of the scottish and western production centers. I particularly love the bright colours of the Madras tartan style. Under tropical climate, light cotton has replaced the thick wool of the scottish Highlands. 
But what was my surprise when I discussed the point with an authentic Indian woman from Madras who told me those fabrics are never seen in Madras... but rather in the West Indies!

 

Pure American - Central Park

Dessin, encres et lavis, tissus divers.

Paris, février 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pure American - Central Park, montre bien ce qu'est, la plupart du temps, un habitant des Etats-Unis d'Amérique: un melting pot de diverses origines. Le probant ici est Ted, habitant de New York, près de Central Park. Il est plutôt de la bonne société, nonobstant quelques origines assez originales. Sa lignée paternelle mêle les sangs anglais (le tissu "Prince of Wales" créé pour les grands propriétaires anglais en Ecosse et frustrés de ne pouvoir porter le tartan !), et écossais (tartan) avec du sang indien (tissus de soie et aux motifs typiques). Sa ligne maternelle est, quant à elle, plutôt méditerranéenne: français pour moitié (toile de Jouy, et motif à fleurs) et italo-espagnol (carnaval itailen et dentelles ibériques).

I love the colours, patterns, and different feel of fabrics. But I love even more the identity and culture it bears. It is sometimes much easier to identify a person, a group, a family, a region... with a fabric than any other object. From fabric to costume there is just another step forward... I like to explore this aspect of human identity as widespread as it is unknown. 
The collage Pure American - Central Park, shows quite well who are, in many cases, the modern inhabitants of the U.S.A. : a true melting pot of multiple origins. The probant here is Ted, a New Yorker, near Central Park. The creation represents his genealogy on three generations above himself. Ted is rather from a wealthy background, but with some peculiar origins. His father line mixes English (the "Prince of Wales" fabric created for english landlords in Scotland frustrated of not having tartans!), Scottish (tartan) with Indian blood (silk and typical patterned fabrics). Ted's mother line is rather mediterranean: French (with the "toile de Jouy" pattern), possibly English again (with the "Liberty" flowered pattern), and Italian-Spanish (Italian carnival and iberic lace)...

 

© 2017 Nicolas Moussette

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